Acheter un bien immobilier à deux sans être marié soulève une question cruciale : que se passe-t-il au décès de l'un des acquéreurs ? Sans disposition particulière, les héritiers du défunt deviennent copropriétaires du bien, ce qui peut contraindre le survivant à vendre. La clause de tontine, aussi appelée clause d'accroissement, est un mécanisme juridique ancien qui permet de protéger le survivant en le rendant seul propriétaire du bien. En 2026, cette clause reste un outil pertinent pour les concubins et, dans certains cas, les partenaires de PACS, à condition d'en maîtriser les implications fiscales.
Qu'est-ce que la clause de tontine ?
La clause de tontine (ou pacte tontinier) est une stipulation insérée dans l'acte d'acquisition d'un bien immobilier. Son effet juridique est radical : au décès de l'un des acquéreurs, le survivant est réputé avoir été seul propriétaire du bien depuis l'origine. Le défunt est considéré comme n'ayant jamais été propriétaire. Il s'agit d'une fiction juridique rétroactive prévue par la jurisprudence (Cour de cassation, 1re chambre civile).
Concrètement, cela signifie que :
- Le survivant récupère 100 % de la propriété du bien sans passer par la succession.
- Les héritiers du défunt (enfants, parents, fratrie) ne peuvent pas revendiquer de droits sur le bien.
- Le bien sort totalement de la succession du défunt.
La tontine doit être rédigée par un notaire et inscrite dans l'acte authentique d'achat. Elle ne peut pas être ajoutée après coup sur un bien déjà acquis.
Fiscalité de la tontine en 2026
C'est le point le plus délicat. Le régime fiscal dépend de la valeur du bien et du lien entre les acquéreurs :
| Situation | Valeur du bien | Droits applicables |
|---|---|---|
| Concubins / tiers | ≤ 76 000 € | Droits de mutation à titre onéreux : 5,81 % |
| Concubins / tiers | > 76 000 € | Droits de succession au taux de 60 % (entre non-parents) |
| Partenaires de PACS | Toute valeur | Exonération de droits de succession (art. 796-0 bis du CGI) |
| Époux mariés | Toute valeur | Exonération de droits de succession (art. 796-0 bis du CGI) |
Le piège majeur : pour des concubins non pacsés achetant un bien de plus de 76 000 € (ce qui est le cas de la quasi-totalité des biens immobiliers en 2026), le survivant devra s'acquitter de droits de succession au taux de 60 % sur la valeur totale du bien. Sur un appartement de 200 000 €, cela représente 120 000 € de droits, rendant la tontine financièrement désastreuse.
En revanche, pour les partenaires de PACS, la tontine est exonérée de droits de succession, ce qui la rend beaucoup plus intéressante. Elle offre une protection supplémentaire par rapport au simple régime de l'indivision.
Tontine ou PACS + testament : quelle stratégie choisir ?
Pour les couples non mariés, deux stratégies principales existent :
Option 1 : la tontine (sans PACS)
- Avantage : protection absolue du survivant, les héritiers ne peuvent rien revendiquer.
- Inconvénient : fiscalité confiscatoire à 60 % si le bien dépasse 76 000 €.
- Pertinente uniquement pour des biens de faible valeur (parkings, caves, petits terrains).
Option 2 : PACS + testament + achat en indivision
- Le PACS ouvre l'exonération de droits de succession entre partenaires.
- Le testament permet de léguer sa part du bien au partenaire survivant.
- Le survivant récupère la totalité du bien sans droits de succession.
- Plus souple : possibilité de modifier le testament, de revendre indépendamment.
Option 3 : PACS + tontine (la combinaison optimale)
- Cumule la protection renforcée de la tontine avec l'exonération fiscale du PACS.
- Le survivant est réputé propriétaire depuis l'origine ET ne paie aucun droit de succession.
- Idéal pour les couples souhaitant une protection maximale contre les héritiers réservataires.
Dans la majorité des cas, l'option 2 ou 3 est préférable à la tontine seule pour un bien de valeur significative.
Limites et précautions de la clause de tontine
La tontine comporte plusieurs contraintes importantes :
- Irrévocabilité : une fois inscrite dans l'acte, la tontine ne peut être supprimée qu'avec l'accord des deux acquéreurs. En cas de séparation conflictuelle, cette rigidité pose problème.
- Impossibilité de vendre seul : les deux tontiniers doivent donner leur accord pour toute vente du bien. Un seul refus bloque la transaction.
- Incompatibilité partielle avec certains prêts : certaines banques refusent d'accorder un PTZ (prêt à taux zéro) ou un prêt classique en présence d'une tontine, car la garantie hypothécaire est fragilisée par le mécanisme.
- Risque pour les héritiers réservataires : les enfants du défunt perdent tout droit sur le bien. Cela peut entraîner une action en réduction si la tontine est requalifiée en donation déguisée (jurisprudence Cass. 1re civ., 10 mai 2007).
Consultez impérativement un [notaire](/experts?profession=notaire) avant d'insérer une clause de tontine dans un acte d'achat. Pour comprendre les enjeux de transmission au sens large, lisez aussi notre article sur [comment choisir son notaire](/blog/choisir-notaire-2026).
FAQ
La clause de tontine est-elle utile entre époux mariés ?
Non, elle n'a aucun intérêt entre époux. Depuis la loi du 3 décembre 2001, le conjoint survivant est exonéré de droits de succession et bénéficie d'un droit d'habitation viager sur le logement familial (article 763 du Code civil). Le régime matrimonial (communauté, séparation de biens) et les dispositions testamentaires offrent une protection suffisante, voire supérieure à la tontine.
La tontine est-elle compatible avec un prêt à taux zéro (PTZ) ?
C'est un point de vigilance. Le PTZ 2026, recentré sur les zones tendues et élargi au neuf comme à l'ancien avec travaux, n'interdit pas formellement la tontine. Cependant, certains établissements prêteurs refusent le montage en raison de la complexité juridique de la garantie hypothécaire. Il est indispensable de vérifier avec la banque et le notaire avant de s'engager.
Peut-on ajouter une clause de tontine après l'achat du bien ?
Non, la clause de tontine doit être inscrite dans l'acte d'acquisition initial. Il est juridiquement impossible de l'ajouter par avenant à un acte déjà signé. Si le bien est déjà acquis en indivision, les acquéreurs peuvent envisager d'autres mécanismes de protection (testament, donation entre vifs, SCI). La revente suivie d'un rachat avec tontine est théoriquement possible mais engendre des frais de mutation importants (environ 8 % du prix en droits et frais de notaire).
Julie Moreau
Notaire
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