La donation entre époux, aussi appelée donation au dernier vivant, est l'outil juridique le plus efficace pour protéger son conjoint en cas de décès. Sans elle, le Code civil limite les droits du conjoint survivant, surtout en présence d'enfants d'une précédente union. En 2026, cette donation reste un acte notarié simple, peu coûteux et révocable. Pourtant, de nombreux couples ignorent encore son existence ou sous-estiment son impact. Voici tout ce qu'il faut savoir pour sécuriser la situation de votre conjoint.
Ce que prévoit la loi sans donation entre époux
Depuis la réforme successorale du 3 décembre 2001, le conjoint survivant bénéficie de droits légaux qui varient selon la composition de la famille :
- Avec des enfants communs : le conjoint choisit entre 100 % de l'usufruit de la succession ou 1/4 en pleine propriété
- Avec des enfants d'un premier lit (du défunt) : le conjoint reçoit uniquement 1/4 en pleine propriété, sans option d'usufruit
- Sans enfant, avec les parents du défunt vivants : 1/2 en pleine propriété (1/4 pour chaque parent)
- Sans enfant ni parent : le conjoint hérite de la totalité en pleine propriété
Le cas le plus problématique est celui des familles recomposées : sans donation au dernier vivant, le conjoint survivant se retrouve avec seulement 1/4 du patrimoine en pleine propriété, les 3/4 restants revenant aux enfants du premier lit du défunt. Le conjoint peut alors perdre le contrôle du logement familial, des comptes bancaires et des investissements.
Les trois options offertes par la donation au dernier vivant
La donation entre époux (articles 1094 à 1099 du Code civil) élargit considérablement les choix du conjoint survivant. Au moment de la succession, il pourra opter pour la formule la plus adaptée à sa situation :
- 100 % de l'usufruit de la succession : le conjoint jouit de l'intégralité du patrimoine (habitation, revenus locatifs, dividendes) sans en être propriétaire. Les enfants sont nus-propriétaires et récupèrent la pleine propriété au décès du conjoint.
- 1/4 en pleine propriété + 3/4 en usufruit : option mixte qui combine propriété définitive sur une partie et jouissance sur le reste. Souvent la plus équilibrée.
- La quotité disponible en pleine propriété : la part dépend du nombre d'enfants :
- 1 enfant : 1/2 en pleine propriété
- 2 enfants : 1/3 en pleine propriété
- 3 enfants ou plus : 1/4 en pleine propriété
Cette flexibilité est le principal avantage : le choix se fait au moment du décès, et non au moment de la donation. Le conjoint survivant peut ainsi adapter sa décision à sa situation financière, à son âge et à ses besoins réels.
Formalités, coût et révocabilité
La donation entre époux est un acte notarié obligatoire. Ses caractéristiques pratiques :
- Coût : entre 150 et 350 € d'honoraires notariés (émoluments réglementés + droits d'enregistrement de 125 €)
- Révocabilité : la donation au dernier vivant est librement révocable par le donateur, à tout moment, par simple acte notarié, sans avoir à en informer l'autre époux (article 1096 du Code civil). Exception : les donations consenties dans le cadre d'un PACS sont irrévocables.
- Effet : la donation ne prend effet qu'au décès du donateur. Elle n'a aucun impact patrimonial du vivant des deux époux.
- Divorce : la donation au dernier vivant est automatiquement révoquée par le divorce (sauf volonté contraire expresse).
Il est recommandé que chaque époux consente une donation au profit de l'autre. Il s'agit alors de deux actes distincts (ou d'un acte réciproque), chacun coûtant environ 150-350 €.
Donation entre époux et droits de succession
Le conjoint survivant est totalement exonéré de droits de succession depuis la loi TEPA du 21 août 2007, quelle que soit la valeur de l'héritage reçu. La donation au dernier vivant ne crée donc aucune charge fiscale supplémentaire pour le conjoint. Elle augmente la part reçue sans alourdir la fiscalité.
En revanche, la donation au dernier vivant peut avoir un impact sur les droits de succession des enfants : si le conjoint opte pour l'usufruit total, les enfants ne reçoivent que la nue-propriété et ne pourront disposer pleinement des biens qu'au second décès. Un échange usufruit/capital (cantonnement) peut être envisagé pour fluidifier la transmission.
FAQ
Un couple pacsé bénéficie-t-il automatiquement de la donation au dernier vivant ?
Non. Contrairement au mariage, le PACS ne confère aucun droit successoral automatique. Un partenaire pacsé n'hérite de rien sans testament. Il est impératif de rédiger un testament (authentique ou olographe) pour lui attribuer la quotité disponible. De plus, la donation entre partenaires pacsés est irrévocable (contrairement à celle entre époux). Le partenaire pacsé bénéficie en revanche de la même exonération de droits de succession que le conjoint marié (loi TEPA 2007).
Peut-on cumuler donation au dernier vivant et assurance-vie ?
Oui, et c'est même une stratégie patrimoniale courante. L'assurance-vie est traitée hors succession (article L.132-12 du Code des assurances) : les capitaux versés au conjoint bénéficiaire échappent aux règles de la réserve héréditaire et sont exonérés de prélèvement jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire (pour les primes versées avant 70 ans). En cumulant les deux outils, le conjoint survivant peut recevoir la quasi-totalité du patrimoine tout en préservant les droits des enfants à terme.
Que se passe-t-il pour un concubin non marié ni pacsé ?
Le concubin n'a aucun droit successoral. Même avec un testament, il sera taxé à 60 % de droits de succession (taux applicable aux personnes sans lien de parenté). La donation entre concubins est possible mais soumise au même taux de 60 %. La seule solution fiscalement avantageuse pour transmettre à un concubin est l'assurance-vie (exonération jusqu'à 152 500 € par bénéficiaire). Le mariage ou le PACS reste la meilleure protection juridique et fiscale.
Pour une stratégie de transmission adaptée à votre situation familiale, consultez un [notaire spécialisé](/experts?profession=notaire) ou explorez nos [simulateurs de succession](/simulateurs) sur finalib.fr.
Julie Moreau
Notaire
L'équipe de rédaction Finalib s'appuie sur des experts certifiés pour vous fournir des conseils fiables et à jour en matière financière, juridique et patrimoniale.
Besoin d'un accompagnement personnalisé ?
Nos experts certifiés sont disponibles pour répondre à vos questions et vous guider dans vos démarches.
Consulter un expert