La retraite progressive permet de réduire son activité professionnelle tout en percevant une fraction de sa pension de retraite, sans attendre l'âge légal de départ à taux plein. Ce dispositif, renforcé par la réforme des retraites de 2023 (loi du 14 avril 2023), offre une transition en douceur entre la vie active et la retraite complète. En 2026, il concerne aussi bien les salariés que les indépendants et constitue une solution particulièrement intéressante pour maintenir ses revenus tout en allégeant sa charge de travail.
Conditions d'accès à la retraite progressive en 2026
Pour bénéficier de la retraite progressive, trois conditions cumulatives doivent être remplies. Premièrement, avoir atteint l'âge minimum requis, fixé à 2 ans avant l'âge légal de départ à la retraite. Avec la réforme 2023 qui porte progressivement l'âge légal à 64 ans (pour les générations nées à partir de 1968), l'âge d'accès à la retraite progressive est de 62 ans pour ces générations. Pour les générations de transition (nées entre 1961 et 1967), l'âge varie entre 60 et 62 ans selon l'année de naissance.
Deuxièmement, justifier d'au moins 150 trimestres de cotisation tous régimes confondus (soit 37 ans et 6 mois de cotisation). Troisièmement, exercer une ou plusieurs activités à temps partiel représentant entre 40 % et 80 % de la durée légale ou conventionnelle du travail à temps complet. Un salarié à temps plein (35 heures) doit donc passer à un temps partiel compris entre 14 et 28 heures par semaine.
Depuis la réforme de 2023, le dispositif est devenu un droit opposable pour les salariés : l'employeur ne peut pas refuser le passage à temps partiel dans le cadre d'une retraite progressive, sauf incompatibilité avec l'activité économique de l'entreprise (motif qui doit être justifié par écrit). Les travailleurs indépendants (artisans, commerçants, professions libérales) et les exploitants agricoles sont également éligibles depuis cette même réforme, en justifiant d'une baisse de revenus professionnels.
Calcul de la pension partielle : combien allez-vous toucher ?
Le montant de la pension partielle est calculé de manière inversement proportionnelle à la quotité de travail. Si vous passez à 60 % d'un temps plein, vous percevez 40 % de votre pension de retraite provisoire (100 % - 60 % = 40 %). Si vous passez à 50 %, vous percevez 50 % de la pension.
La pension provisoire est calculée sur la base de vos droits acquis au moment de la demande de retraite progressive, selon les mêmes règles que la pension définitive : salaire annuel moyen des 25 meilleures années, taux de liquidation (qui peut inclure une décote si vous n'avez pas tous vos trimestres) et coefficient de proratisation.
Exemple chiffré : un salarié de 62 ans ayant cotisé 160 trimestres, avec un salaire brut de 3 500 EUR par mois à temps plein, passe à 60 % (2 100 EUR brut). Sa pension provisoire complète serait estimée à 1 400 EUR. À 40 % de cette pension, il perçoit 560 EUR. Son revenu total (salaire + pension) atteint 2 660 EUR brut, soit 76 % de son ancien salaire à temps plein, pour 60 % du temps de travail.
La retraite complémentaire AGIRC-ARRCO fonctionne sur le même principe : une fraction des points acquis est liquidée provisoirement en proportion inverse de la quotité de travail.
L'avantage majeur : continuer à cotiser et améliorer sa pension finale
Le grand intérêt de la retraite progressive est que vous continuez à cotiser pendant toute la période de temps partiel. Chaque trimestre travaillé s'ajoute à votre durée d'assurance, ce qui peut permettre d'atteindre le taux plein et d'éviter la décote sur la pension définitive.
De plus, il est possible de cotiser sur la base du salaire à temps plein (et non du salaire à temps partiel) grâce à l'accord de l'employeur pour une surcotisation prévue à l'article L. 241-3-1 du Code de la Sécurité sociale. Cette option augmente les droits à retraite de base et complémentaire, pour un surcoût partagé entre l'employeur et le salarié. Concrètement, si vous travaillez à 60 % mais cotisez sur 100 %, vos droits continuent de progresser comme si vous étiez à temps plein.
Au moment de la liquidation définitive de la retraite (à l'âge légal ou au-delà), la pension est recalculée en tenant compte de l'ensemble des droits acquis, y compris pendant la période de retraite progressive. La pension définitive est donc systématiquement supérieure à la pension provisoire qui avait servi de base au calcul initial.
Démarches et calendrier : comment mettre en place la retraite progressive
La demande de retraite progressive se fait auprès de votre caisse de retraite de base (CARSAT pour les salariés du privé, SSI pour les indépendants) au moins 6 mois avant la date souhaitée de début. Le dossier comprend le formulaire de demande (Cerfa n° 15394), une attestation de l'employeur précisant la durée du travail à temps partiel, et les justificatifs de trimestres cotisés.
Pour la retraite complémentaire, une demande distincte doit être adressée à l'AGIRC-ARRCO (pour les salariés du privé) via le site agirc-arrco.fr. Les deux régimes versent leur fraction de pension de manière coordonnée.
La retraite progressive prend fin soit par la liquidation définitive de la retraite (à la demande de l'assuré), soit par la reprise d'une activité à temps plein, soit par la cessation totale d'activité. La liquidation définitive peut intervenir à tout moment après l'atteinte de l'âge légal de départ à la retraite.
Un [simulateur de retraite](/simulateurs) permet d'estimer précisément le montant de la pension partielle et son impact sur la pension définitive. Un [conseiller en gestion de patrimoine](/experts) peut optimiser le dispositif en intégrant les dimensions fiscales et patrimoniales.
FAQ
Les travailleurs indépendants sont-ils éligibles à la retraite progressive ?
Oui, depuis la réforme des retraites du 14 avril 2023. Les artisans, commerçants, professions libérales et exploitants agricoles peuvent bénéficier de la retraite progressive aux mêmes conditions d'âge et de trimestres que les salariés. La condition de temps partiel est remplacée par une condition de baisse de revenus professionnels : le revenu annuel doit être compris entre 40 % et 80 % du revenu moyen des 5 dernières années ou du PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale, soit 47 100 EUR en 2026). La demande se fait auprès de la caisse de retraite compétente (SSI, CIPAV, CNAVPL selon la profession).
La retraite progressive a-t-elle un impact négatif sur la pension définitive ?
Non, au contraire. La pension définitive est toujours au moins égale à ce qu'elle aurait été sans retraite progressive, et elle est généralement supérieure. Pendant la période de temps partiel, vous continuez à valider des trimestres et à acquérir des points de retraite complémentaire. Si vous optez pour la surcotisation sur la base du temps plein, vos droits progressent encore plus rapidement. Au moment de la liquidation définitive, la pension est recalculée intégralement sur la base de tous les droits acquis, y compris ceux de la période de retraite progressive.
Quelle est la durée maximale de la retraite progressive ?
La loi ne fixe pas de durée maximale. La retraite progressive peut durer aussi longtemps que les conditions restent remplies (activité à temps partiel entre 40 et 80 %, âge requis atteint). En pratique, elle dure entre 1 et 5 ans selon les situations. Elle prend fin automatiquement à la cessation totale d'activité ou à la demande de liquidation définitive. Certains assurés l'utilisent sur une courte période (12-18 mois) pour une transition douce, tandis que d'autres la prolongent sur 4-5 ans pour maximiser leurs droits tout en allégeant progressivement leur charge de travail.
Élodie Petit
Conseillère retraite
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