L'Agirc-Arrco est le régime de retraite complémentaire obligatoire pour l'ensemble des salariés du secteur privé en France. Avec environ 13 millions de cotisants et 13 millions de retraités, il représente en moyenne 30 à 40 % de la pension totale d'un cadre et 20 à 25 % de celle d'un non-cadre. Comprendre son fonctionnement par points, les mécanismes de revalorisation et les stratégies d'optimisation est essentiel pour anticiper correctement ses revenus à la retraite. Ce guide fait le point sur les règles applicables en 2026.
Le fonctionnement par points : acquisition et valorisation
Le régime Agirc-Arrco repose sur un système de points. Chaque année, une partie des cotisations salariales et patronales sert à acquérir des points de retraite. Au moment du départ en retraite, la pension est calculée en multipliant le nombre total de points accumulés par la valeur de service du point.
Formule de calcul : Pension annuelle brute = Nombre de points x Valeur de service du point
Valeur de service du point en 2026 : 1,4386 € (revalorisée au 1er novembre 2025 de +1,6 %, après +4,9 % au 1er novembre 2023 et +3,1 % au 1er novembre 2024). La revalorisation est décidée chaque année par le conseil d'administration de l'Agirc-Arrco en fonction de l'inflation et de la situation financière du régime.
Acquisition des points : le nombre de points acquis chaque année dépend des cotisations versées et du prix d'achat du point (appelé "salaire de référence"). En 2026, le salaire de référence est d'environ 19,63 €.
Les cotisations sont prélevées sur deux tranches de salaire :
- Tranche 1 (jusqu'au plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 47 100 € en 2026) : taux de cotisation total de 7,87 % (dont 3,15 % part salariale et 4,72 % part patronale). Ce taux est appelé "taux contractuel".
- Tranche 2 (de 1 à 8 fois le PASS, soit de 47 100 € à 376 800 €) : taux de cotisation total de 21,59 % (dont 8,64 % part salariale et 12,95 % part patronale).
Un taux d'appel de 127 % s'applique : les cotisations effectivement payées sont supérieures au taux contractuel, mais seul le taux contractuel génère des points. La différence (27 %) finance la solidarité du régime.
Les majorations et bonifications
Plusieurs dispositifs permettent d'augmenter le nombre de points ou le montant de la pension :
Majoration pour enfants nés ou élevés : les assurés ayant eu ou élevé au moins 3 enfants bénéficient d'une majoration de 10 % de leur pension Agirc-Arrco, plafonnée à 2 232,72 € par an en 2026. Cette majoration s'applique automatiquement et concerne les deux parents.
Majoration pour enfants à charge : une majoration de 5 % par enfant encore à charge au moment du départ en retraite (moins de 18 ans, ou moins de 25 ans si étudiant) est appliquée sur les points acquis à partir de 2012. Cette majoration n'est pas cumulable avec la majoration pour 3 enfants nés : c'est la plus favorable des deux qui s'applique.
Points gratuits pour périodes non cotisées : des points sont attribués gratuitement pour certaines périodes d'interruption : chômage indemnisé (sur la base du salaire journalier de référence), maladie de plus de 60 jours, maternité, invalidité. Ces points sont financés par les réserves du régime.
Rachat de points : il est possible de racheter des points pour des années d'études supérieures (maximum 3 ans) ou des années incomplètes. Le coût du rachat dépend de l'âge de l'assuré et du nombre de points rachetés. En 2026, le coût moyen d'un point racheté est d'environ 17 à 20 €, pour une pension supplémentaire de 1,44 € par an et par point. La rentabilité du rachat dépend de l'espérance de vie et de la TMI du contribuable.
Âge de départ et suppression du malus
Depuis la réforme des retraites de 2023, l'âge légal de départ est progressivement relevé à 64 ans (pour les générations nées à partir de 1968). L'Agirc-Arrco a adapté ses propres règles en conséquence :
Suppression du coefficient de solidarité (malus) : le malus temporaire de 10 % qui s'appliquait pendant les 3 premières années de retraite aux assurés partant dès l'obtention du taux plein a été supprimé au 1er avril 2023. Ce coefficient, instauré en 2019, avait pour but d'inciter les salariés à décaler leur départ d'un an. Sa suppression simplifie le calcul et supprime une pénalité qui pouvait représenter plusieurs centaines d'euros par an.
Coefficient majorant (bonus) : le bonus de 10 % à 30 % pour les assurés qui décalent leur départ de 2 à 4 ans au-delà de l'âge du taux plein a également été supprimé en même temps que le malus. Le système de décote/surcote est désormais aligné sur le régime de base.
Décote pour carrière incomplète : si un assuré part en retraite sans avoir le nombre de trimestres requis pour le taux plein (172 trimestres pour la génération 1968 et suivantes), un coefficient d'abattement s'applique sur la pension Agirc-Arrco. L'abattement est de 1 % par trimestre manquant, dans la limite de 25 % (soit 25 trimestres).
Exemple chiffré : estimation de pension pour un cadre
Prenons le cas d'un cadre né en 1970, ayant travaillé 42 ans avec un salaire moyen de 55 000 € brut annuel :
Points Tranche 1 : cotisations annuelles moyennes de 3 703 € (47 100 € x 7,87 %) sur 42 ans. Points acquis : environ 7 925 points (après application du taux d'appel).
Points Tranche 2 : cotisations sur la partie du salaire entre 47 100 € et 55 000 € = 7 900 € x 21,59 % = 1 706 € par an sur 42 ans. Points acquis : environ 3 650 points.
Total : 11 575 points x 1,4386 € = 16 647 € brut par an, soit 1 387 € brut par mois.
Avec la majoration pour 3 enfants (+10 %) : 1 526 € brut par mois.
Cette pension complémentaire s'ajoute à la pension de base du régime général (environ 1 700 à 1 900 € pour ce profil), portant la pension totale à environ 3 200 à 3 400 € brut par mois. Vérifiez votre relevé de situation individuelle sur [info-retraite.fr](https://www.info-retraite.fr) et consultez un [conseiller en gestion de patrimoine](/experts?profession=conseiller-gestion-patrimoine) pour optimiser votre stratégie de départ.
Stratégies d'optimisation de sa retraite complémentaire
Plusieurs leviers permettent d'améliorer sa pension Agirc-Arrco :
- Vérifier son relevé de carrière : les erreurs de report de points sont fréquentes (périodes de chômage non comptabilisées, changement d'employeur mal enregistré). Une vérification dès 55 ans permet de rectifier les anomalies.
- Optimiser les dernières années : les points acquis en fin de carrière, sur un salaire plus élevé, ont un impact significatif. Négocier une revalorisation salariale ou des primes avant le départ peut augmenter la pension de manière durable.
- Cumul emploi-retraite : depuis la réforme 2023, le cumul emploi-retraite intégral (si taux plein atteint) permet d'acquérir de nouveaux droits à retraite, ce qui n'était pas le cas auparavant.
- Épargne complémentaire : un [PER individuel](/blog?category=retraite-prevoyance) permet de compléter la pension Agirc-Arrco avec des versements déductibles du revenu imposable.
FAQ
La pension de réversion Agirc-Arrco : quelles conditions ?
Le conjoint survivant (marié, pas les partenaires de PACS ni les concubins) peut percevoir 60 % de la pension Agirc-Arrco du défunt. Conditions : avoir au moins 55 ans (ou 55 ans sans condition d'âge si deux enfants à charge). Il n'y a pas de condition de ressources pour la réversion Agirc-Arrco, contrairement à la réversion du régime de base (plafond de 24 232 € de revenus annuels en 2026). En cas de remariage, la réversion est maintenue (contrairement au régime de base où elle est supprimée). Si le défunt avait plusieurs ex-conjoints, la pension de réversion est répartie au prorata de la durée de chaque mariage.
Comment sont imposées les pensions Agirc-Arrco ?
Les pensions de retraite Agirc-Arrco sont soumises à l'impôt sur le revenu après un abattement de 10 % (plafonné à 4 321 € pour les revenus 2025). Elles sont également soumises aux prélèvements sociaux : CSG à 8,3 % (taux normal), 6,6 % (taux médian) ou 3,8 % (taux réduit) selon le revenu fiscal de référence, plus CRDS de 0,5 % et CASA de 0,3 %. Les retraités dont le RFR est inférieur à 12 230 € (personne seule) sont exonérés de CSG. Au total, les prélèvements sociaux représentent entre 0 % et 9,1 % de la pension brute.
Peut-on racheter des trimestres ou des points pour améliorer sa pension ?
Oui, deux types de rachat sont possibles. Le rachat de trimestres auprès du régime de base (CNAV) permet d'atteindre le taux plein plus rapidement et coûte entre 3 000 € et 15 000 € par trimestre selon l'âge et les revenus. Le rachat de points Agirc-Arrco est possible pour les années d'études supérieures (maximum 3 ans) et coûte entre 1 500 € et 6 000 € par point selon l'âge. La rentabilité du rachat dépend de la tranche d'imposition (les versements sont déductibles) et de l'espérance de vie. En règle générale, le rachat est rentable si la durée de perception de la pension dépasse 15 à 20 ans.
Élodie Petit
Conseillère retraite
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