L'usufruit est l'un des mécanismes les plus utilisés en gestion de patrimoine pour organiser la transmission d'un bien tout en conservant ses revenus. Qu'il soit viager ou temporaire, il permet de dissocier la jouissance d'un bien de sa propriété. En 2026, les règles fiscales restent stables, mais les stratégies d'optimisation évoluent. Voici un guide complet pour comprendre vos droits, obligations et les implications fiscales de l'usufruit.
Usufruit viager ou temporaire : quelle différence ?
L'usufruit est défini par les articles 578 à 624 du Code civil. Il confère à l'usufruitier le droit d'utiliser un bien (usus) et d'en percevoir les revenus (fructus), tandis que le nu-propriétaire conserve le droit d'en disposer (abusus).
L'usufruit viager dure jusqu'au décès de l'usufruitier. C'est la forme la plus courante, notamment dans le cadre successoral : le conjoint survivant peut opter pour l'usufruit de la totalité de la succession (article 757 du Code civil) plutôt que pour un quart en pleine propriété.
L'usufruit temporaire est limité dans le temps, généralement entre 10 et 20 ans. Il est souvent utilisé dans les stratégies de démembrement volontaire, par exemple pour transmettre la nue-propriété d'un bien immobilier tout en conservant les loyers pendant une durée déterminée. En cas de cession d'un usufruit temporaire, celui-ci ne peut excéder 30 ans pour une personne morale (article 619 du Code civil).
La valeur fiscale de l'usufruit viager dépend de l'âge de l'usufruitier selon le barème de l'article 669 du CGI : 90 % de la pleine propriété avant 21 ans, puis diminution de 10 points par tranche de 10 ans (40 % entre 61 et 70 ans, 20 % entre 71 et 80 ans, 10 % au-delà de 91 ans). L'usufruit temporaire est évalué à 23 % de la pleine propriété par tranche de 10 ans.
Droits et obligations de chaque partie
L'usufruitier dispose de droits étendus : occuper le bien, le louer (baux de courte durée sans accord du nu-propriétaire), percevoir les loyers ou dividendes. Pour les parts sociales, il vote aux assemblées générales ordinaires, tandis que le nu-propriétaire vote aux assemblées extraordinaires (sauf disposition statutaire contraire).
En contrepartie, l'usufruitier assume des obligations précises. Il doit réaliser les réparations d'entretien (article 605 du Code civil), payer les charges courantes et la taxe foncière, et conserver le bien en bon état sans le dégrader ni le transformer. Les grosses réparations (murs, voûtes, toitures — article 606) restent à la charge du nu-propriétaire, sauf si elles résultent d'un défaut d'entretien de l'usufruitier.
Un inventaire doit être dressé au début de l'usufruit (article 600 du Code civil), et l'usufruitier doit fournir une caution sauf dispense conventionnelle.
Fiscalité du démembrement en 2026
L'usufruitier est imposé sur les revenus perçus : revenus fonciers pour un bien immobilier loué, revenus de capitaux mobiliers pour un portefeuille de titres. En matière d'IFI (impôt sur la fortune immobilière), c'est l'usufruitier qui déclare la valeur en pleine propriété du bien démembré dans son patrimoine (article 968 du CGI). Le nu-propriétaire est exonéré d'IFI, sauf en cas d'usufruit légal du conjoint survivant où chacun déclare sa quote-part.
Pour la plus-value immobilière, le calcul dépend de qui vend. Si l'usufruitier et le nu-propriétaire vendent ensemble, chacun est imposé sur sa quote-part avec sa propre durée de détention. Le nu-propriétaire peut bénéficier d'une exonération totale après 22 ans de détention (30 ans pour les prélèvements sociaux), calculée à partir de l'acquisition de la nue-propriété.
À l'extinction de l'usufruit (décès de l'usufruitier viager ou terme de l'usufruit temporaire), le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans aucun droit de succession ni impôt. C'est l'un des principaux avantages du démembrement comme outil de transmission.
Le quasi-usufruit : un cas à ne pas négliger
Lorsque l'usufruit porte sur des biens consomptibles (somme d'argent, contrat d'assurance-vie, compte bancaire), on parle de quasi-usufruit (article 587 du Code civil). Le quasi-usufruitier peut disposer librement du capital, mais il a l'obligation de le restituer à la fin de l'usufruit.
Cette créance de restitution est essentielle : elle constitue une dette déductible de l'actif successoral du quasi-usufruitier au moment de son décès, à condition qu'elle ait été constatée dans un acte notarié (convention de quasi-usufruit). Sans cet acte, l'administration fiscale peut refuser la déduction, ce qui entraîne une double imposition des sommes.
FAQ
L'usufruit prend-il toujours fin au décès ?
L'usufruit viager s'éteint automatiquement au décès de l'usufruitier (article 617 du Code civil). Le nu-propriétaire récupère la pleine propriété sans formalité ni droit de succession. L'usufruit temporaire prend fin à la date convenue, même si l'usufruitier est encore en vie. Il peut aussi s'éteindre par renonciation volontaire de l'usufruitier ou par déchéance prononcée par le juge en cas d'abus de jouissance.
Comment évaluer la valeur d'un usufruit pour une donation ?
Le barème fiscal de l'article 669 du CGI s'applique obligatoirement pour les donations et successions. Pour un usufruit viager, la valeur dépend de l'âge de l'usufruitier : par exemple, à 65 ans, l'usufruit vaut 40 % et la nue-propriété 60 % de la valeur en pleine propriété. Pour un usufruit temporaire, la valeur est de 23 % par période de 10 ans, sans pouvoir dépasser la valeur de l'usufruit viager.
Peut-on vendre un bien démembré ?
Oui, mais la vente nécessite l'accord conjoint de l'usufruitier et du nu-propriétaire. Le prix de vente est réparti entre eux selon le barème fiscal, ou ils peuvent convenir d'un report du démembrement sur le prix (quasi-usufruit sur la somme). Un [conseiller en gestion de patrimoine](/experts) peut vous accompagner pour optimiser cette opération.
Pour approfondir les stratégies de transmission, consultez notre dossier sur la [donation et la succession](/blog/succession-transmission).
Claire Fontaine
Notaire, spécialiste droit patrimonial et successions
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