La retraite progressive est un dispositif qui permet aux salariés et indépendants en fin de carrière de réduire leur temps de travail tout en percevant une fraction de leur pension de retraite. C'est une transition en douceur entre la vie active et la retraite complète, avec un avantage majeur : les cotisations continuent de s'accumuler pendant toute la période de temps partiel, ce qui améliore la pension définitive. En 2026, après la réforme des retraites de 2023 qui a élargi son accès, la retraite progressive gagne en popularité et constitue une stratégie patrimoniale à part entière pour optimiser ses dernières années d'activité.
Conditions d'accès à la retraite progressive en 2026
Pour bénéficier de la retraite progressive, quatre conditions cumulatives doivent être remplies :
1. Condition d'âge : avoir atteint l'âge légal de départ à la retraite diminué de 2 ans. Avec la réforme des retraites 2023 et le relèvement progressif de l'âge légal, les seuils d'accès en 2026 sont les suivants :
- Nés en 1963 : âge légal 62 ans et 9 mois, donc retraite progressive dès 60 ans et 9 mois.
- Nés en 1964 : âge légal 63 ans, donc retraite progressive dès 61 ans.
- Nés en 1965 : âge légal 63 ans et 3 mois, donc retraite progressive dès 61 ans et 3 mois.
- Nés à partir de 1968 : âge légal 64 ans, donc retraite progressive dès 62 ans.
2. Condition de durée d'assurance : justifier d'au moins 150 trimestres d'assurance retraite (tous régimes confondus). Ce seuil n'a pas été modifié par la réforme de 2023.
3. Exercice d'une activité à temps partiel : le temps de travail doit être compris entre 40 % et 80 % d'un temps complet. Cela signifie une réduction d'activité d'au moins 20 % et d'au plus 60 %. Le contrat de travail à temps partiel doit être formalisé par un avenant.
4. Accord de l'employeur : depuis la réforme de 2023 (loi du 14 avril 2023), l'employeur ne peut pas refuser la demande de passage à temps partiel dans le cadre de la retraite progressive, sauf s'il justifie d'un motif légitime lié à l'incompatibilité du temps partiel avec l'activité économique de l'entreprise. Le refus doit être motivé par écrit. Cette quasi-obligation constitue une avancée majeure par rapport au régime antérieur.
Calcul de la fraction de pension versée
La fraction de pension versée pendant la retraite progressive est proportionnelle à la réduction du temps de travail. La formule est simple :
Fraction de pension = 100 % - quotité de temps partiel
Exemples concrets pour un salarié dont la pension estimée à taux plein est de 1 800 €/mois :
| Quotité de travail | Fraction de pension | Pension partielle | Salaire partiel (base 3 300 € brut temps plein) | Revenu total |
|---|---|---|---|---|
| 80 % | 20 % | 360 €/mois | 2 640 € | 3 000 € |
| 60 % | 40 % | 720 €/mois | 1 980 € | 2 700 € |
| 50 % | 50 % | 900 €/mois | 1 650 € | 2 550 € |
| 40 % | 60 % | 1 080 €/mois | 1 320 € | 2 400 € |
La pension provisoire est calculée sur la base des droits acquis au moment de la demande, sans décote ni surcote. Elle est recalculée à chaque modification de la quotité de travail.
L'avantage clé : la surcotisation et l'amélioration de la pension définitive
C'est le véritable atout de la retraite progressive. Pendant toute la durée du dispositif, le salarié continue à cotiser pour sa retraite, sur la base de son salaire à temps partiel. Mieux encore, il est possible de demander à cotiser sur la base d'un salaire à temps plein (surcotisation, avec accord de l'employeur), ce qui permet d'accumuler des trimestres et des points comme si l'on travaillait à temps complet.
Au moment du départ définitif en retraite, la pension est intégralement recalculée en tenant compte de tous les trimestres et points acquis pendant la période de retraite progressive. Le résultat est une pension définitive supérieure à celle qui aurait été versée sans retraite progressive, puisque la durée d'assurance et le nombre de points sont plus élevés.
De plus, si le salarié continue à travailler au-delà de l'âge légal et du nombre de trimestres requis pour le taux plein, il bénéficie d'une surcote de 1,25 % par trimestre supplémentaire, ce qui augmente encore la pension définitive. Combinée à la retraite progressive, cette surcote peut représenter un gain de 5 à 10 % sur la pension annuelle.
Retraite progressive pour les indépendants et professions libérales
Depuis le 1er janvier 2022, la retraite progressive est ouverte aux travailleurs indépendants (artisans, commerçants, professions libérales) et aux exploitants agricoles. Les conditions sont similaires : âge légal moins 2 ans, 150 trimestres, et réduction d'activité entre 40 et 80 %. La réduction d'activité est attestée par une baisse du revenu professionnel par rapport à la moyenne des 5 dernières années.
Pour les professions libérales affiliées à la CIPAV ou à d'autres caisses de retraite complémentaire, la fraction de pension complémentaire suit les mêmes règles de proportionnalité. Un [conseiller en gestion de patrimoine](/experts?profession=conseiller-gestion-patrimoine) peut réaliser une simulation complète intégrant tous les régimes de base et complémentaires.
Pour approfondir les stratégies de fin de carrière, consultez nos guides sur la [gestion patrimoniale](/blog/patrimoine-epargne).
FAQ
Les travailleurs indépendants peuvent-ils bénéficier de la retraite progressive ?
Oui, depuis le 1er janvier 2022 (loi de financement de la sécurité sociale pour 2022). Les artisans, commerçants, professions libérales et exploitants agricoles peuvent demander la retraite progressive aux mêmes conditions d'âge et de durée d'assurance que les salariés. La principale différence porte sur la justification de la réduction d'activité : l'indépendant doit démontrer une baisse de revenus professionnels comprise entre 20 et 60 % par rapport à la moyenne des revenus des cinq années précédentes. Cette justification se fait chaque année lors de la déclaration de revenus.
Peut-on bénéficier d'une surcote en retraite progressive ?
Oui, c'est un point souvent méconnu mais très avantageux. Si le bénéficiaire de la retraite progressive continue de travailler au-delà de l'âge légal et après avoir atteint la durée d'assurance requise pour le taux plein, chaque trimestre supplémentaire cotisé ouvre droit à une surcote de 1,25 % sur la pension de base. Sur 2 ans de surcote (8 trimestres), cela représente une majoration de 10 % de la pension définitive. Cette stratégie est particulièrement intéressante pour les salariés qui atteignent le taux plein avant l'âge légal grâce à des carrières longues.
Que se passe-t-il si l'employeur refuse le passage à temps partiel ?
Depuis la réforme des retraites de 2023, l'employeur ne peut refuser que pour un motif légitime lié à l'incompatibilité du temps partiel avec l'activité de l'entreprise. Le refus doit être notifié par écrit et motivé. En cas de refus abusif, le salarié peut saisir le conseil de prud'hommes. En pratique, les refus sont devenus rares depuis 2023 car la charge de la preuve repose sur l'employeur. Il est recommandé de formuler la demande par lettre recommandée avec accusé de réception au moins 2 mois avant la date souhaitée de passage à temps partiel.
Claire Fontaine
CGP
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