Le secteur de la défense connaît une transformation historique en Europe. Face aux tensions géopolitiques (guerre en Ukraine, menaces hybrides, réarmement mondial), les pays européens ont engagé une hausse massive de leurs budgets militaires. L'objectif de 2 % du PIB fixé par l'OTAN est désormais considéré comme un plancher, plusieurs pays visant 3 à 4 %. Les budgets défense européens ont bondi de plus de 25 % en 2025, et cette tendance se confirme en 2026. Pour les investisseurs, les ETF spécialisés dans la défense et la sécurité offrent un accès diversifié à ce secteur en pleine expansion.
Le contexte géopolitique : pourquoi les budgets défense explosent
La hausse des dépenses militaires européennes n'est pas un phénomène conjoncturel mais un mouvement structurel :
- L'engagement OTAN : lors du sommet de Vilnius (2023), les alliés ont confirmé l'objectif de 2 % du PIB consacré à la défense. En 2026, 23 des 32 membres de l'OTAN atteignent ou dépassent ce seuil, contre seulement 7 en 2022.
- La France porte son budget défense à 50,5 milliards d'euros en 2026 dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2024-2030, qui prévoit 413 milliards d'euros sur la période.
- L'Allemagne a créé un fonds spécial de 100 milliards d'euros pour moderniser la Bundeswehr et augmente durablement son budget annuel au-delà de 2 % du PIB.
- La Pologne est le champion européen avec un budget défense atteignant 4,2 % du PIB en 2026, le ratio le plus élevé de l'OTAN après les États-Unis.
- L'Union européenne a lancé le programme EDIP (European Defence Industrial Programme) doté de 1,5 milliard d'euros pour renforcer la base industrielle de défense européenne.
Les entreprises du secteur sont les premières bénéficiaires : Thales, Dassault Aviation, Airbus Defence, BAE Systems, Rheinmetall, Leonardo et Saab voient leurs carnets de commandes atteindre des niveaux records. Rheinmetall a ainsi triplé son carnet de commandes entre 2022 et 2025.
Les principaux ETF défense accessibles en Europe
Voici les ETF les plus pertinents pour s'exposer à la thématique défense depuis un compte-titres européen :
VanEck Defense UCITS ETF (DFNS) - ISIN IE000YYE6WK5 : cet ETF réplique l'indice MarketVector Global Defense Industry. Il compte environ 30 positions concentrées sur les pures players de la défense en Europe et aux États-Unis. Frais annuels de 0,55 %. Principales positions : Palantir, Rheinmetall, Thales, L3Harris, Northrop Grumman. C'est l'ETF le plus ciblé sur la défense pure, avec une forte exposition européenne.
HANetf Future of Defence UCITS ETF (NATO) - ISIN IE000OJ5TQP4 : cet ETF investit dans des entreprises alignées avec les objectifs de l'OTAN. Il exclut les armes controversées (mines antipersonnel, armes à sous-munitions, armes chimiques). Environ 50 positions, frais de 0,49 %. L'approche est plus large que le VanEck, incluant la cybersécurité et les technologies de surveillance.
iShares Global Aerospace & Defence UCITS ETF : exposition mondiale au secteur aérospatial et défense, avec une forte pondération américaine (Lockheed Martin, Raytheon, Boeing). Frais de 0,43 %. Plus diversifié mais moins ciblé sur le réarmement européen spécifiquement.
WisdomTree Europe Defence UCITS ETF (WDEF) : lancé en 2025, cet ETF se concentre exclusivement sur les valeurs de défense européennes. Il offre la plus pure exposition au réarmement du continent. Frais de 0,40 %.
Ces ETF ont affiché des performances remarquables : le VanEck Defense a progressé de plus de 38 % en 2025, surpassant largement les indices boursiers généraux.
PEA, CTO ou assurance-vie : quelle enveloppe choisir ?
Éligibilité PEA : aucun de ces ETF thématiques défense n'est éligible au PEA, car ils investissent significativement hors zone euro. Pour s'exposer au secteur défense via le PEA, il faut acheter des actions individuelles de sociétés européennes cotées : Thales, Dassault Aviation, Airbus, Safran, Rheinmetall (via certains PEA acceptant les actions européennes hors France).
Compte-titres ordinaire (CTO) : c'est l'enveloppe naturelle pour ces ETF. Les plus-values sont soumises au PFU de 30 %. Pour un investisseur à long terme, le CTO reste un bon choix grâce à la capitalisation des dividendes dans les ETF capitalisants.
Assurance-vie : certains contrats en ligne référencent désormais des ETF défense en unités de compte. Vérifiez la liste des supports de votre contrat. L'avantage fiscal après 8 ans (abattement de 4 600 euros sur les gains) peut compenser les frais de gestion du contrat. Pour comparer les enveloppes fiscales, consultez notre [rubrique patrimoine et épargne](/blog/patrimoine-epargne).
Considérations éthiques et risques
L'investissement dans le secteur de la défense soulève des questions légitimes :
Sur le plan éthique, les ETF récents ont adopté des filtres excluant les armes controversées (mines antipersonnel, armes à sous-munitions, armes nucléaires pour certains). Certains investisseurs considèrent que financer la défense européenne est un acte géopolitique responsable dans le contexte actuel, d'autres excluent par principe tout investissement lié à l'armement. C'est un choix personnel qui doit être cohérent avec vos convictions.
Sur le plan financier, les risques sont réels :
- Risque de valorisation : après +38 % en 2025, les multiples de valorisation sont élevés. Rheinmetall s'échange à plus de 40 fois ses bénéfices estimés.
- Risque géopolitique inversé : un apaisement des tensions (accord de paix en Ukraine, détente sino-américaine) pourrait provoquer une correction sectorielle.
- Risque de concentration : les ETF défense comptent peu de positions (30 à 50), ce qui augmente le risque spécifique.
- Risque politique : les budgets militaires dépendent de décisions politiques qui peuvent être révisées à la baisse lors d'alternances gouvernementales.
Il est recommandé de limiter cette thématique à 5 à 10 % de votre portefeuille total et de l'intégrer dans une allocation diversifiée. Pour construire un portefeuille adapté, utilisez nos [outils de simulation](/simulateurs).
FAQ
Ces ETF sont-ils éligibles au PEA ?
Non, les ETF thématiques défense ne sont pas éligibles au PEA car ils investissent majoritairement hors zone euro. L'alternative pour bénéficier de la fiscalité avantageuse du PEA (exonération d'IR après 5 ans) est d'acheter directement des actions de sociétés de défense européennes : Thales, Dassault Aviation, Safran et Airbus sont éligibles au PEA classique. Rheinmetall (allemande) et BAE Systems (britannique) peuvent être logées dans certains PEA acceptant les actions de l'Espace Économique Européen.
Le secteur défense peut-il continuer à surperformer après +38 % en 2025 ?
La hausse des budgets militaires est un mouvement pluriannuel engagé par des lois de programmation sur 5 à 10 ans (LPM 2024-2030 en France, fonds spécial allemand). Les carnets de commandes des industriels s'étendent sur 3 à 7 ans, offrant une visibilité élevée sur les revenus futurs. Cela dit, une partie de cette visibilité est déjà intégrée dans les cours actuels. Les performances futures dépendront de la capacité des entreprises à livrer dans les délais et à maintenir leurs marges face à l'inflation des coûts. Une approche d'investissement progressif (DCA) est préférable à un investissement en une seule fois.
Comment intégrer un ETF défense dans un portefeuille diversifié ?
L'ETF défense est un investissement satellite, pas un coeur de portefeuille. Une allocation type pourrait être : 70 à 80 % en ETF monde (MSCI World), 10 à 15 % en ETF obligataires ou fonds euros, et 5 à 10 % en ETF thématiques dont la défense. Cette répartition offre une exposition au secteur sans concentration excessive. Rééquilibrez annuellement pour maintenir les proportions cibles, ce qui vous amène naturellement à vendre quand le secteur monte trop et à acheter quand il corrige.
Antoine Leroy
Analyste financier, certifié CFA Level II
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