Le secteur de la défense et de la sécurité connaît une transformation structurelle majeure depuis 2022. La guerre en Ukraine, les tensions en mer de Chine et la volonté des pays de l'OTAN de porter leurs budgets militaires à 3,5 % du PIB d'ici 2030 créent un cycle de dépenses sans précédent. Pour les investisseurs, les ETF spécialisés défense offrent un accès diversifié à cette thématique, avec des performances spectaculaires en 2024-2025. Décryptage des opportunités et des risques en 2026.
Le contexte géopolitique et budgétaire
Lors du sommet de l'OTAN de 2024, les pays membres se sont engagés à porter leurs dépenses de défense à un minimum de 2 % du PIB (objectif déjà relevé depuis le précédent seuil de 2 %), avec une trajectoire vers 3,5 % pour les pays les plus exposés. En 2025, seuls 23 des 32 membres atteignaient les 2 %. Le potentiel de rattrapage est donc considérable.
En France, la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030 prévoit un budget de 413 milliards d'euros sur la période, portant les dépenses militaires annuelles de 44 milliards en 2024 à environ 60 milliards en 2030. L'Allemagne a créé un fonds spécial de 100 milliards d'euros pour moderniser sa Bundeswehr. La Pologne consacre déjà 4 % de son PIB à la défense.
Ces investissements massifs profitent directement aux industriels de la défense européens : Thales, Rheinmetall, BAE Systems, Leonardo, Saab, Dassault Aviation, MBDA, et à leurs sous-traitants. Les carnets de commandes sont pleins pour 5 à 10 ans, offrant une visibilité exceptionnelle sur les revenus futurs.
Comparatif des principaux ETF Défense en 2026
VanEck Defense UCITS ETF (DFNS) : frais de gestion de 0,55 % par an. Réplique l'indice MarketVector Global Defense Industry. Environ 30 positions, dont Palantir, Rheinmetall, Thales, L3Harris, Northrop Grumman. Performance 2025 : environ +35 %. Fort biais transatlantique (50 % US, 40 % Europe). Encours supérieur à 2 milliards d'euros, bonne liquidité.
HANetf Future of Defence UCITS ETF (NATO) : frais de 0,49 %. Réplique l'indice EQM Future of Defence. Environ 50 positions concentrées sur les entreprises alignées avec les besoins de l'OTAN. Performance 2025 : environ +42 %, la meilleure du segment. Bonne diversification entre cyber-défense (Palo Alto, CrowdStrike), défense traditionnelle (BAE Systems, Leonardo) et spatial (Airbus Defence). Ticker symbolique : NATO.
iShares Global Aerospace & Defence UCITS ETF (DFND) : frais de 0,35 %, les plus bas du segment. Indice S&P Global 1200 Aerospace & Defence. Environ 50 positions, avec un biais marqué vers l'aéronautique civile et militaire US (Boeing, Lockheed Martin, RTX). Performance 2025 : environ +28 %. Moins pur sur la thématique défense européenne.
Ces trois ETF sont cotés en Europe et accessibles via un compte-titres ordinaire (CTO) ou certaines assurances-vie en unités de compte.
Défense et critères ESG : un changement de paradigme
Jusqu'en 2023, les fonds ESG excluaient systématiquement le secteur de la défense. La donne a changé. En mars 2024, la Commission européenne a publié une communication reconnaissant la défense comme un investissement contribuant à la sécurité et à la durabilité de l'Union. La taxonomie européenne est en cours de révision pour potentiellement inclure certaines activités de défense.
Concrètement, les exclusions sectorielles se desserrent : les armes conventionnelles ne sont plus systématiquement exclues des portefeuilles ESG (seules les armes controversées comme les mines antipersonnel et les bombes à sous-munitions restent interdites). Plusieurs fonds labellisés Article 8 SFDR intègrent désormais des valeurs de défense.
Ce changement de doctrine devrait amplifier les flux d'investissement vers le secteur, car les fonds ESG représentent plus de 50 % de la collecte en Europe.
Risques et points de vigilance
Malgré les fondamentaux solides, le secteur comporte des risques spécifiques. La valorisation est élevée : après deux années de hausse de 30 à 50 %, les PER (Price/Earnings Ratio) des valeurs de défense européennes se situent autour de 25 à 35x, contre 15-20x historiquement. Une détente géopolitique inattendue ou un ralentissement des dépenses pourrait provoquer une correction.
Le risque de concentration est réel : les ETF défense contiennent 30 à 50 valeurs, dont les 10 premières représentent souvent 50 à 60 % de l'indice. Le risque politique existe : un changement de gouvernement pourrait modifier les priorités budgétaires, bien que le consensus transpartisan sur la défense soit actuellement fort en Europe.
En termes d'allocation, limitez l'exposition à un ETF sectoriel thématique à 5 à 10 % maximum de votre portefeuille actions. C'est un pari directionnel qui complète un cœur de portefeuille diversifié (ETF World). Un [conseiller en gestion de patrimoine](/experts?profession=conseiller-gestion-patrimoine) peut vous aider à calibrer cette position en fonction de votre profil.
Découvrez aussi notre [guide des placements 2026](/blog?category=patrimoine-epargne) pour d'autres thématiques d'investissement.
FAQ
Les ETF Défense sont-ils éligibles au PEA ?
Non, aucun des principaux ETF défense (VanEck DFNS, HANetf NATO, iShares DFND) n'est éligible au PEA. Ils sont domiciliés en Irlande ou au Luxembourg et répliquent des indices mondiaux incluant des valeurs hors UE. Vous devez les loger dans un compte-titres ordinaire (CTO) avec une fiscalité PFU de 30 % sur les plus-values, ou dans une assurance-vie en unités de compte si votre contrat les référence. Certaines actions européennes individuelles (Thales, Dassault Aviation, Rheinmetall) sont en revanche éligibles au PEA.
La défense est-elle compatible avec l'investissement responsable ?
Oui, de plus en plus. Depuis 2024, l'Union européenne reconnaît la défense comme un investissement contribuant à la sécurité collective et à la souveraineté. Les exclusions ESG historiques visaient les armes controversées (mines, bombes à sous-munitions, armes chimiques), qui restent exclues. Mais les armes conventionnelles, la cybersécurité, la surveillance et l'aérospatiale de défense sont désormais considérées comme compatibles avec les critères ESG par de nombreux labels et gérants. C'est un changement de paradigme qui ouvre le secteur à une nouvelle base d'investisseurs institutionnels.
Faut-il investir maintenant ou attendre une correction ?
Les valorisations actuelles intègrent déjà une partie du potentiel de hausse des budgets militaires. Cependant, le cycle de réarmement européen est structurel et s'étale sur 10 à 15 ans, ce qui soutient les perspectives de croissance des bénéfices. Pour limiter le risque d'entrée à un point haut, une approche DCA (investissement progressif sur 6 à 12 mois) est prudente. Si le secteur corrige de 15 à 20 %, cela constituerait un point d'entrée attractif. En tout état de cause, ne dépassez pas 5 à 10 % de votre portefeuille actions sur cette thématique sectorielle.
Thomas Laurent
Analyste financier
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